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vendredi 6 octobre 2017

Lorsque le diagnostic est erroné, la réponse est inadaptée !

Créé le 6 octobre 2017 à 07h30
Complété le 13/10/2017 à 10h58
MAJ le 1 décembre 2017

Si la question du business model est importante, il ne s'agit pas de reprendre les éléments de diagnostic évoqués classiquement par certains opérateurs en montagne. 


Les Echos par GABRIELLE SERRAZ publié le 04/10 

Des investissements "canon" pour les sommets
Le Dauphiné Libéré Par Antoine CHANDELLIER | Publié le 06/10/2017 

Domaines Skiables de France (DSF) est dans son rôle de syndicat professionnel et représentant des exploitants de remontées mécaniques en communiquant sur ce que ses adhérents veulent entendre.

Mais la baisse de fréquentation des stations françaises n'est pas liée à la qualité des domaines skiables, ni aux contraintes des Délégations de Services Publics (DSP), ni aux tarifs des forfaits mais au mauvais rapport qualité/prix des services proposés aux touristes en dehors des pistes. En règle générale, notre offre "ski" est plutôt très satisfaisante au regard des propositions de nos concurrents.

Contrairement à nos voisins et concurrents qui accueillent des "invités" avec des offres de qualités, nous avons de grandes difficultés à proposer des produits cohérents avec des prix acceptables pour tous les niveaux de prestations. 

Alors que nos forfaits de ski sont dans les moins chers du monde (seuls les français l'ignorent), renforcer nos points forts (remontées mécaniques et domaines skiables gros consommateurs de budgets) ne changera pas les grandes disparités des produits touristiques hors ski.

Les tarifs des forfaits paraissent chers dans un pays (la France) où l'activité sportive est principalement payée par les impôts locaux (hors ski, certains golf, les salles de mises en forme, le foot en salle depuis peu…et quelques activités commerciales minoritaires).

Le fond du problème (pour la clientèle française) est qu'elle ne paye que très rarement le coût réel des pratiques sportives le reste de l'année -comme des spectacles sportifs- contrairement à nos clientèles étrangères.
Mais en montagne, le client paye son activité, ce qui rapporté à l'heure de pratique (surtout avec des "forfaits") n'est pas vraiment élevée.


Page 14 de ce rapport, la deuxième position est tenue par une station de 19 000 lits, Les Arcs-Peisey-Vallandry 4ème avec 40 000 lits… cherchez l'erreur ! Nous sommes sur les journées skieurs et je ne suis pas convaincu que le nombre d'enneigeurs soient plus important dans les sites autrichiens que sur l'ensemble du domaine des Arcs-Peisey. 

Se centrer sur les aménagements et l'équipement des domaines skiables est la preuve que nous n'avons pas compris les raisons pour lesquelles les clients ne viennent plus. Tarifs d'hébergements prohibitifs au regard des surfaces proposées, prix de restauration excessifs pour des produits basiques,  services d'accès à internet payant... la liste est longue des imperfections françaises d'un tourisme qui s'est construit sur des volumes et pas sur la qualité de services aux "guests". 

La question des lits froids est beaucoup plus problématique ainsi que la fréquentation qui diminue progressivement depuis 15 ans. Aucune station ne fait 100% de remplissage même entre Noël et le 31 décembre (semaine traditionnellement la plus remplie), ni lors des vacances de février de la zone de Paris -qui représente pourtant la plus grosse clientèle française potentielle.

Les Suisses ont bien senti le danger et ont engagé des réformes "structurelles".
origine https://www.domainepublic.ch/ (https://www.domainepublic.ch/articles/30658)

Mais ils proposent également des logiques de communications très conjoncturelles.
Le Dauphiné Libéré par Antoine Chandellier | Publié le 04/10/2017 



Les causes de cet effritement de la clientèle en France sont anciennes et structurelles, là où certains ont pendant longtemps accusé le manque de neige, les calendriers scolaires ou la conjoncture. 

L'histoire se poursuit par absence d'analyse, de stratégie et de gouvernance en station... dans un contexte économique de plus en plus concurrentiel mais qui produit encore de la richesse.

Il va falloir retravailler tous les produits hors ski pour sauver l’activité touristique liée à la neige, mais au regard du diagnostic présenté dans l'article des Echos du 4 octobre 2017 (ci-dessus), on semble continuer comme avant.

La légende "touristique" en montagne veut que les années de faible enneigement, les annulations soient importantes et que des transferts s'opèrent entre stations de moyennes altitudes et hautes altitudes… trouvez les chiffres et les analyses qui construisent ces légendes. 

2006 ne fut pas une bonne année en enneigement, et la part du chiffre d'affaires des remontées mécaniques pendant les vacances d'avril représentait 8% (Chiffres SNFT-DSF). Un des arguments majeurs pour demander la modification du calendrier scolaire puisque toutes les autres années "plafonnaient" à 5%.  Mais le marché reste faible à Pâques et les coûts structurels des sociétés diminuent le résultat final. Mais comme "historiquement", on skiait de décembre au 1er mai… 

Alors pourquoi présenter l'offre étrangère uniquement par le prisme de l'activité de glisse, alors que tout le monde s'accorde à parler un produit global ? 

Les "invités" qui vont en Autriche ne parlent que très rarement des activités liées au ski et de la qualité des pistes, mais de l’ambiance, de l’accueil, de l’offre client; en France on resté bloqué sur «le Ski» et on prend les domaines skiables autrichiens comme référence ! 

La mise en parallèle des pourcentages de domaines couverts par la neige de culture entre la France et l'Autriche est simplement une erreur d'appréciation de l'offre; si l'on n'analyse pas les raisons pour lesquelles les "invités" vont en Autriche. Mais il faudrait avoir accès aux enquêtes de satisfactions autrichiennes. Depuis 20 ans que je travaille sur le sujet de la montagne, j'ai toujours entendu les professionnels dire que : "l'Autriche, c'est bien mais question domaine skiable et remontées mécaniques nous sommes plus performants. Les clients y vont pour l'ambiance". Donc on regarde ce qui nous arrange et on construit un argumentaire autour.

Donc il faut des enneigeurs, alors même que les autrichiens subissent également une érosion de leurs clientèles liée aux changements de comportements des invités.

En fait, l'argumentaire est simplement structuré autour des succès historiques de la montagne française: le développement des stations et une transformation de l'économie locale qui est passée du pastoralisme à l'industriel et au tourisme.

A ne pas comprendre pourquoi les clients vont ailleurs, les acteurs de la montagne vont encore faire les mauvais choix et aller vers de mauvaises directions. 

Il faudrait donc revoir le business model et ses éléments de compréhension, mais encore faudrait-il que les acteurs économiques soient disposés à sortir de leurs habitudes.



Complété le 8 et 13 octobre 2017

L'argumentaire consistant à présenter les procédures des DSP comme trop complexes et les études d'impacts comme trop lourdes s'inscrit dans une stratégie de tentative de faire sauter un certain nombres d'aspects réglementaires qui limitent aujourd'hui les aménagements possibles en station (extension de domaine, problème des renouvellement de DSP, remboursements des investissements déjà engagés).



Le tourisme un secteur dans lequel, on manipule les chiffres avec une certaine désinvolture.

LES SUSPECTES STATISTIQUES SUR LE TOURISME PAR L’OMT
Par Mark Watkins le 13 octobre 2017 coachomnium.com
http://www.coachomnium.com/bonus/statistiques-tourisme-france.html




1 décembre 2017

Ski: pourquoi la fréquentation des stations françaises a chuté de 13% en dix ans

BFM Business 



 par Fabrice Bianchi 26/11/2017 à 10h24

http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/ski-pourquoi-la-frequentation-des-stations-francaises-a-chute-de-13percent-en-dix-ans-1311291.html

Toujours le même constat erroné et basé uniquement sur les journées skieurs. Le journaliste a retenu le discours de DSF. À vouloir renforcer les points forts (remontées mécaniques et tarifs de la pratique du Ski) on oublie l'essentiel: la qualité de service et le rapport qualité prix des prestations hors Ski. Mettre des enneigeurs ne fera pas venir (revenir) des visiteurs déçus par la médiocrité des services annexes aux tarifs exorbitants. Étonnant ce discours sur les autrichiens qui attirent les skieurs, qui a lu les analyses de satisfaction clientèles autrichiennes ? Qui a lu que les visiteurs y vont parce que leurs domaines skiables sont équipés de canons à neige ? Avec des non analyses de ce style le retard va continuer de se creuser avec nos concurrents. Allez voir le service clients autrichien ou nord américain, vous comprendrez alors ce qu'est l'accueil de "Guests"!

https://www.linkedin.com/in/eric-adamkiewicz-b5a95618/detail/recent-activity/


2007-2017, le ski remonte la pente

L'Express par Philippe Bourget, publié le 28/11/2017

 https://www.lexpress.fr/tendances/voyage/2007-2017-le-ski-remonte-la-pente_1964137.html


Et donc ?, tout va bien





Bibliographie recommandée


- Vincent Vlès, Christophe Bouneau (2016), Stations en tension, Editions Peter Lang, 260 p.

Vincent Vlès (2014)Métastations. Mutations urbaines des stations de montagne. Un regard pyrénéen. Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, 191 p. 

- Julien Barnu, Amine Hamouche (2014), Industrie du tourisme. Le mythe du laquais. Collection Libres opinions. Edition Presses des Mines

Olivier Bessy (2013). L'innovation dans l'évènementiel sportif. De l'attractivité touristique au développement des territoires, PUS, 246 p.

- E. Marcelpoil, L. Bensahel-Perrin et H. François (2010) Les stations de sports d’hiver face au développement durable. Etat des lieux et perspectives. coll. Les idées et les théories à l'épreuve des faits L'Harmattan

- Philippe Bourdeau (2009) De l’après-ski à l’après-tourisme, une figure de transition pour les Alpes ? Réflexions à partir du cas français, Dossier Le tourisme montagnard au crible de la durabilité, Revue de Géographie Alpine, 97-3/2009.

- Philippe Bourdeau et Coll (2007), Les sports d’hiver en mutation. Crise ou révolution géoculturelle ? Edition Lavoisier - Collection Finance-gestion-management. Juin 2007 - 230 pages.

Philippe Bourdeau (2007) Le tourisme de montagne en question(s). Les dossiers de demain. halshs.archives-ouvertes.fr

Adamkiewicz E., (2007), S’adapter ou décliner ? Enjeux et défis pour les stations touristiques de montagne, in Les sports d’hiver en mutation, crise ou révolution géoculturelle ? sous la direction de Philippe Bourdeau, Hermes Science, Lavoisier, Juin, pp 173-181.
S’adapter ou décliner ? Enjeux et défis pour les stations touristiques de montagne
- Dewailly Jean-Michel (2006), Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos ?, Paris, L'Harmattan, 222 pages.

- Marcelpoil E et Gerbaux F (2006), La gouvernance dans les stations de montagne, publication d’un numéro spécial de la Revue de Géographie Alpine (n°1/2006).



Rapports et Etudes

La réhabilitation de l'immobilier de loisirs en France,
par Françoise MIQUEL, Chef de mission de contrôle général au Contrôle général économique et financier - Jacques MOUGEY, Membre permanent du Conseil général de l'environnement et du développement durable - Georges RIBIÈRE, Membre permanent du Conseil général de l'environnement et du développement durable – février 2010.
Le positionnement de l'offre française des sports d'hiver, Note de Synthèse, février 2005. Etude réalisée par le cabinet Architecture et Territoire pour le compte de la direction du Tourisme.
Montagne, Les clients de demain, Etude réalisée à partir de SIMM 2007 pour l'Association Nationale des Maires de Stations de Montagne.

Attractivité des stations de sports d'hiver: Reconquête des clientèles et compétitivité internationale. Rapport au Premier Ministre Dominique de VILLEPIN. Vincent ROLLAND, Député de Savoie, décembre 2006. 



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